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Nom du blog :
cahierscotentin
Description du blog :
actualité littéraire des Cahiers du Cotentin. Publications de Michel Lebonnois et évènements
Catégorie :
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11.12.2006
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L'ours 3ème épisode

L'ours 3ème épisode

Posté le 15.01.2007 par cahierscotentin
3ème épisode

Serrés l’un contre l’autre dans nos duvets à cause de l’exiguïté du lieu, nous trouvons difficilement le sommeil. Alors que je commence à m’assoupir, des cris et des rires nous arrivent du bâtiment sanitaire à une quinzaine de mètres en contrebas ; aux bribes de conversation, nous comprenons qu’un groupe de randonneurs s’est un peu égaré en forêt et rentre seulement. Ils s’encouragent à rejoindre rapidement leurs abris car l’ours ne devrait pas tarder. Nous découvrons là qu’il vient chaque nuit dès que l’obscurité est bien installée, et qu’il rôde dans le camp à la recherche de nourriture.

Bercés et rassurés par les ronflements de notre fils dans la voiture voisine, nous nous assoupissons enfin. Pas pour longtemps ; mon attention est soudain attirée par un bruit étrange, sorte de gémissement ponctué de coups sourds, encore un peu lointain mais dont je perçois au fil des minutes qu’il se rapproche.

Je voudrais appeler mon fils mais ses ronflements me dissuadent ; je crois que ma femme dort aussi maintenant ; je suis seul au monde au fond d’une vallée sombre et fantastique qui a dû inspirer Spielberg pour les décors de Jurassik Park, avec cet animal qui se rapproche. J’entends maintenant distinctement ses grognements de plus en plus sonores émis au rythme de ses pas et j’imagine sa tête énorme se balançant à chaque mouvement : « groumf, groumf, groumf, groumf » ; je devine qu’il gratte à certains endroits, qu’il donne des coups sur du métal qui résonne : boîtes à ours ou voitures ? Il est maintenant tout proche ; un grognement semble désigner notre tente et je crois comprendre qu’il s’est arrêté ; ma femme qui ne dormait pas plus que moi m’accroche le bras : « Qu’est-ce que c’est ? ce n’est pas toi qui ronfle si fort ! Est-ce que c’est… » Comme pour lui répondre, un nouveau grognement est émis là, juste de l’autre côté de la toile, accompagné de bruits de frottement contre un arbre, sans doute celui au pied duquel sont nos vêtements : « Mais c’est l’ours ! - Chuuut ! n’aie pas peur, il va s’en aller - Tu n’as pas peur, toi ? - Si je suis mort de trouille ! »

Le cœur arrêté, nous l’écoutons rôder encore un peu autour de notre camp, humer la voiture d’où sorte des ronflements de sommeil bienheureux puis enfin il s’éloigne !

Nous n’avons pas eu le temps de nous ressaisir qu’un hurlement suivi d’une cavalcade emplit le sous-bois « Hiii ! The bear » ! Il doit avoir surpris quelqu’un dans le bloc sanitaire ; la course que nous entendons, ponctuée de cris et de rires est bien humaine et laisse manifestement l’ours indifférent puisque nous l’entendons se rapprocher de nouveau mais plus haut, vers notre « boîte à ours ». Gagné ! Un tintamarre invraisemblable nous fait asseoir d’un bond. L’épaisse tôle résonne sous les coups furieux de l’animal qui grogne, pousse des gémissements à fendre l’âme ; il doit secouer le caisson que nous imaginons se déformer comme une boîte de conserve tant les coups sont violents. Cela dure plusieurs minutes qui nous semblent interminables, puis la lutte cesse enfin, et nous l’entendons s’éloigner.



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