la Maison qui chante
Posté le 02.10.2007 par cahierscotentin
LA MAISON QUI CHANTE conte
1er épisode
Florent et Simon avaient bien du mal à retenir leur excitation. Assis sur le banc dans l’entrée, ils regardaient papa charger les valises pendant que maman terminait de préparer les casse-croûtes. Ils partaient en vacances !
Papa et Maman leur avaient expliqué qu’ils avaient trouvé une petite maison dans la montagne pour y passer deux semaines à faire de longues promenades, regarder courir les ruisseaux et découvrir des fleurs et des animaux qu’ils ne connaissaient pas. Tout ce qu’il fallait pour satisfaire le curieux Florent et le sportif Simon.
Il avait fallu plusieurs heures, d’abord d’autoroute puis de grande route dans une vallée, puis de petite route sinueuse qui grimpait dans la montagne, et enfin au bout d’un chemin empierré, ils avaient aperçu la petite maison, en fait un vieux chalet de montagne en bois aux volets rouges fraîchement repeints, couvert d’une lourde et rassurante toiture en pierres plates.
Une vieille dame les attendait devant la porte. Elle avait des cheveux très blancs qui lui tombaient sur les épaules et portait un tablier à fleurs. Quand elle leur sourit, Florent vit qu’il lui manquait une dent ; il remarqua aussi qu’elle avait quelques poils au menton et une fine moustache. Il dit tout bas à son frère « on dirait une sorcière ! » ; Simon pouffa de rire et maman leur fit les gros yeux.
La vieille dame les fit entrer dans la vieille maison :
- « C’était la maison de mes parents, j’y ai vécu jusqu’à mon mariage. Depuis, j’ai toujours habité le village. Parfois nous venions ici en été avec les enfants, ça ressemblait à des vacances. Ils sont loin maintenant, et ils préfèrent la maison du village quand ils viennent. Alors j’ai fait faire quelques travaux pour le confort ; elle fait un gîte agréable. Vous avez en bas une grande salle à manger, la cuisine, un petit salon qui peut aussi faire une chambre, et à l’étage deux chambres et une salle de bains. A la saison vous n’aurez pas besoin du chauffage, mais si vous aimez, vous pouvez faire du feu dans la cheminée si les soirées sont un peu fraîches. »
- « Et puis c’est joli le feu dans la cheminée, dit Florent »
- « Oui ajouta Simon, et puis ça fait venir le Père Noël ! »
- « Ah non, pas au mois d’août ! dit la vieille dame en riant, mais ça fait chanter la maison »
- « Chanter la maison ? reprirent en chœur les deux enfants »
- « Oui. Vous écouterez bien le soir, quand il a fait bien chaud toute la journée mais aussi quand il y a du feu dans la cheminée, la maison chante ! »
- « C’est une maison magique ? demanda Florent tandis que Simon s’accrochait à la jambe de sa maman
- « N’aie pas peur, c’est une gentille magie. »
- « Et qu’est-ce qu’elle chante ? »
- « Cela fait ‘trille, trille, trille, trille’, toujours pareil, des fois tout doucement et des fois très fort »
- « Toute la journée ? »
- « Non seulement la nuit, quand elle croit que tout le monde dort. C’est comme si elle chantait pour veiller sur votre sommeil. »
- « Alors c’est une gentille vieille maison en pain d’épice ! »
dit Simon qui se souvenait des histoires entendues à l’école et racontées encore par papa avant de s’endormir.
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Posté le 09.10.2007 par cahierscotentin
2ème épisode
La vieille dame leur laissa la clef, et papa descendit les bagages. Florent et Simon rangèrent leurs vêtements dans une jolie armoire qui avait dû appartenir à la vieille dame quand elle était encore une petite fille, puis ils descendirent jouer dans la prairie pleine de bleuets et de coquelicots qui entourait le vieux chalet pendant que les parents finissaient de mettre en ordre la cuisine et commençaient à préparer le repas : une salade de tomates, une omelette avec des pâtes, et des pêches achetées sur le bord de la route et qui sentaient bon le soleil du midi.
Avant d’aller au lit se reposer du long voyage, ils firent tous les quatre une petite promenade aux alentours, dans le silence de la montagne aux mille odeurs ; une douce fraîcheur accompagnait le coucher du soleil et les plantes libéraient leurs parfums tenus enfermés pendant la grosse chaleur. Ils n’étaient pas allés bien loin, mais au retour, Simon avait pris la main de maman :
- « Tu as sommeil, mon petit bonhomme ? »
- Oui, et puis je veux me coucher pour entendre la chanson de la maison.
- Alors allons-y vite.
Les deux enfants s’étaient couchés tout en tendant l’oreille, mais ils n’avaient rien entendu, et la fatigue de cette journée les avait poussés sans crier gare dans un lourd sommeil. Au réveil, ils étaient bien déçus :
- « Je n’ai pas entendu la chanson !
- Moi non plus !
- Eh bien moi, dit papa, je l’ai entendue.
- Moi aussi dit maman. C’est une vraie chanson magique ! J’ai entendu trois fois ‘trille, trille, trille’ et je me suis endormie.
La journée passa vite, comme toutes les journées de vacances. Tous les quatre avaient fait une longue promenade dans les bois, un peu plus haut dans la montagne. Ils avaient regardé couler un ruisseau, écouté sa chanson sur les pierres :
- « Ce n’est pas la même chanson que la maison, hein papa ?
- Non, Simon, celle-là fait comme une caresse douce pour les oreilles. Celle de la maison pique un peu.
- Je veux l’entendre !
- Il faut attendre à ce soir !
Papa et maman avaient décidé de faire une surprise aux garçons. Après le dîner, pendant que les enfants faisaient leur toilette et se mettaient en pyjama, papa alluma un petit feu de bûches dans la cheminée, et tous les quatre s’installèrent à jouer devant, assis sur des peaux de mouton douces et moelleuses qui servaient de tapis :
- « Vous dormirez demain matin. Ce soir, nous allons écouter la chanson de la maison.
- Oui, super !
- Il ne faudra pas faire de bruit, elle doit nous croire endormis, sinon elle ne chantera pas !
- Alors je vais prendre un livre pour lire en silence, dit Florent
- Et moi un puzzle, dit Simon
- Eh bien nous allons lire aussi ! dirent les parents
Posté le 16.10.2007 par cahierscotentin
3ème épisode
La soirée avançait, l’obscurité gagnait la pièce. Il ne resta bientôt plus comme lumière que la lueur de la flamme.
- « Je ne peux plus lire, dit Florent
- Je ne vois plus les pièces, dit Simon
- Ecoutez dit papa, elle va bientôt chanter..
- Chut ! fit maman en mettant son doigt sur sa bouche
Il faisait maintenant presque nuit dehors, et la vieille maison s’emplissait d’une obscurité que réchauffait la cheminée. Simon s’était assis tout près de maman, et Florent regardait son père. Alors une toute petite vibration se fit entendre, « trille ! », rien qu’une fois comme si la maison essayait sa voix. Les garçons se dressèrent d’un même mouvement. « Chut » firent papa et maman. On n’entendait plus un bruit, ni dedans, ni dehors. Et puis de nouveau « trille, trille, trille » un peu plus fort, et enfin la maison se mit à chanter, ça n’en finissait plus, un chant unique, toujours la même note vibrée qui devenait de plus en plus forte. Florent n’y tint plus, il demanda à voix haute :
- « Mais c’est quoi qui fait ça papa ? »
Aussitôt, la chanson s’arrêta.
- « C’était beau, dit maman
- Oui, mais ça fait un peu peur ! dit Simon
- Mais papa, c’est quoi qui fait ça ? redemanda le rationnel Florent
- Je crois que je sais, mais il faudra s’organiser pour en être sûrs. Pour ce soir c’est fichu, on lui a fait peur, elle ne va plus chanter. Et puis c’est l’heure de dormir depuis longtemps.
- Mais demain, on saura ?
- Je te le dirai au petit-déjeuner, quand vous aurez bien dormi. Au lit ! Vous tombez de sommeil !
Pour Simon, c’était déjà fait, il s’était endormi d’un coup la tête sur les genoux de sa maman. Papa le prit dans ses bras et le monta dans son lit. Florent n’avait pas demandé son reste, et en cinq minutes, le silence était revenu.
Les parents redescendirent pour remettre un peu en ordre les jeux et les livres, quand un « trille » timide se manifesta de nouveau.
- « A nous dit papa à maman, il faut qu’on sache où il se cache pour le leur montrer demain.
- Peut-être pourrait-on l’attirer avec une lampe de poche ? proposa maman
- Bonne idée ! Trouves-en une pendant que j’essaye de situer l’origine du chant. Il est au rez-de-chaussée, et la maison n’est pas si grande.
Le temps pour maman d’aller chercher la torche dans la voiture, elle trouva son mari en arrêt, comme un chien de chasse devant un terrier :
- « Je crois qu’il est là, au bas de la porte de la cuisine. Eclaire un peu, juste au pied du chambranle.
Le rayon de lumière se fixa sur un tout petit trou dans le vieux bois de l’encadrement de la vieille porte, dans cette vieille maison.
- « Reculons-nous et attendons. Eclaire bien le trou
- Ne bougeons plus… Regarde !
Du petit trou au bas de la vieille porte étaient sorties deux longues antennes toutes fines qui semblaient palper l’air extérieur. Elles allaient et venaient vers le haut, vers le bas, à droite, à gauche, et recommençaient en s’allongeant encore un peu. Et puis dans le rayon de lumière apparut une petite tête noire sur laquelle s’agitaient les antennes. Enfin le peureux animal sortit tout entier, attiré comme un papillon par la lumière : un corps noir long d’à peine plus de deux centimètres sur lequel étaient fixées deux ailes jaunes triangulaires, ou plutôt deux élytres qui recouvraient deux ailes minuscules transparentes, qui se mirent soudain à vibrer et le son produit par cette vibration, d’abord léger, s’amplifia jusqu’à remplir la pièce « Trille, trille, trille, trille », de plus en plus fort. Le mouvement d’un pied dut brutalement lui faire peur, il disparut en un éclair au fond du trou.
– « Ne l’effrayons pas davantage, c’est bien ce que pensais…
– Un grillon ! J’avais aussi reconnu son chant, mais je ne me souviens pas en avoir jamais vu d’aussi près ! Il faut que les enfants le voient !
Posté le 24.10.2007 par cahierscotentin
4ème épisode
illustré d'un dessin original de Philippe Typhagne
Dès le réveil, Florent revint à la charge comme s’il n’avait pensé à rien d’autre de toute la nuit :
- « Alors papa, tu nous montreras ce soir ce qui fait chanter la maison ?
- Promis ! C’est une belle surprise.
- Y a pas de danger ? demanda Simon le nez dans son bol.
- Pas du tout, au contraire. C’est tout plein mignon ! le rassura maman.
La journée pourtant ensoleillée et remplie de promenades et de jeux dans la prairie leur parut interminable. Ils ne pensaient qu’à la chanson de la maison. A un moment, Florent dit tout bas à Simon :
- « Cette nuit, j’ai entendu chanter la maison, ça venait d’en bas.
- Moi aussi, mais ça venait de dans mon rêve !
Après le dîner, en attendant que la nuit tombe, la famille s’installa devant la cheminée ; papa et maman racontèrent chacun une histoire. Simon se frottait les yeux, mais refusait le sommeil qui l’envahissait.
Enfin, papa donna le signal.
- « Je crois qu’il fait assez nuit maintenant. Venez par ici sans faire de bruit ! Là, devant la porte de la cuisine, mais pas trop près. Voilà, maintenant, maman va éclairer. Regardez le petit trou en bas du montant de la porte, là ! Regardez bien. Vous pouvez parler à voix basse, mais il ne faut pas bouger du tout ! Attention !
Comme la veille, la lumière de la lampe électrique se fixa sur le trou. Et devant les yeux ébahis des enfants apparurent deux fils tout fins, mobiles qui s’allongeaient doucement en tâtant l’air extérieur. Florent poussa un léger « oh ! » quand sortit la petite tête noire. Simon avait pris la main de papa et restait fasciné par la sortie de l’animal tout entier. Pas un bruit, pas un mouvement, les enfants étaient figés comme par un sortilège.
Alors les élytres commencèrent à vibrer, et le chant du grillon qui donnait son âme à la vieille maison se fit entendre, de plus en plus vite, de plus en plus fort. Il ne s’arrêtait plus, jusqu’au moment où Simon avança d‘un pas pour mieux le voir. La petite bête disparut instantanément au fond de son trou.
- « Ah non, Simon ! cria Florent
- Ce n’est pas grave, dit maman, il faut aller dormir maintenant, et demain, on dessinera le grillon pour l’envoyer au grands-parents.
- D’accord, dit Florent
- D’accord, répéta Simon
Les deux frères se couchèrent rapidement, bien fatigués par toutes ces émotions. En bas, le grillon recommençait sa chanson. Ils s’endormirent le sourire aux lèvres.
Au réveil, Florent semblait préoccupé
- « Alors, avez-vous fait de beaux rêves de grillon ?
- Oui mais, dis papa, personne ne va le tuer le grillon ?
- Mais non voyons ! Pourquoi voudrais-tu qu’on le tue ?
- Non, non ! Je ne veux pas justement ; je veux le voir encore et l’écouter chanter pour m’endormir !
- Moi non plus, dit Simon, je ne veux pas !
Il est tout petit, tout mignon,
et il fait chanter la maison !
Fin