SORTIE LE 15 JUIN : "LE SECRET D'OMONVILLE"
242 pages - 10 euros
Deux extraits d'introduction pour vous mettre en appétit :
"A Montbray, petite baronnie du Comté de Chester et d’Avranches, le château était construit sur un éperon entre deux modestes ruisseaux, presque au sommet de la colline verdoyante qui dominait la vallée. Simple tour de bois carrée haute d’une dizaine de mètres, entourée d’une première enceinte circulaire en hauts troncs de chêne fermée par une poterne en granit du pays protégée par une barbacane, elle surveillait la route proche, ancienne voie romaine dont le dallage restait visible par endroits, reliant encore à cette époque Caen à Avranches, et au-delà la Bretagne.
Construit plus d’un siècle plus tôt par Geoffroy de Montbray, il était en cette année 1160 le fief du baron Egmont, chevalier normand de noble lignée, vassal du roi Henri II, fidèle à son roi et aux traditions de sa race. Il avait épousé en justes noces chrétiennes dame Alwine, fille d’un chevalier anglais proche de son oncle Robert, dont il avait un fils Tancrède ; mais la tradition normande autorisait qu’il partageât aussi la couche de la jeune et fort jolie Edith, sa « frilla », dame de compagnie de la baronne Alwine. Edith était en cette fin d’été sur le point de mettre au monde un petit bâtard de sang noble, tout comme l’était Guillaume le Duc vénéré.
Ainsi naquit Amaury, en ce 20 septembre 1160. Egmont s’était réjoui de cette naissance d’un second fils, gage de la perpétuation de son nom…
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29 décembre 1170
Les portes de la cathédrale s’étaient ouvertes avec violence, provoquant l’interruption inquiète des chants religieux ; un silence de mort avait pendant quelques instants accompagné l’irruption des quatre silhouettes massives dans le contre-jour du fond de la nef majestueuse. Thomas Becket qui présidait l’office s’adressa aux barons sacrilèges :
- « Messeigneurs, vous entrez dans la maison de Dieu où se tient un office sacré. Asseyez-vous en silence et priez. Nous parlerons après.
- Evêque arrogant, obéis à ton roi, ou acceptes-en les conséquences ! avait hurlé Réginald
Le cliquetis des épées sortant de leurs fourreaux avait couvert ses dernières paroles. Brutalement le silence fut brisé par les hurlements des barons déchaînés courant vers l’autel l’arme pointée. Seul Egmont de Montbray était resté figé au fond de la nef, effrayé par l’issue inéluctable de cet affrontement auquel il refusait de croire. Marchant derrière eux d’un pas angoissé, il appela aussi fort qu’il put :
- « Guillaume, Réginald, que faites-vous ! Arrêtez cette folie ! »
Sa voix se perdit, repoussée sous les voûtes altières par les injonctions de soumission dont les quatre barons accompagnaient leur course.
Fasciné, Amaury suivait les barons dans la nef latérale, de pilier en pilier. Il entrevoyait l’évêque qui les attendait, crosse tendue vers eux...Comme les hommes d’armes atteignaient les marches du chœur, il mit un genou en terre et cria comme Jésus en croix « Père, pardonnez-leur… » Il ne put en dire davantage. Sous les yeux horrifiés de l’enfant resté prostré derrière un pilier, les chevaliers avaient jeté l’évêque à terre et le frappaient l’un après l’autre en criant « Au nom du Roi » ; soudain, le plus brutal, Réginald Fitz-Ours, le saisit au col, le souleva comme un fétu et avec un hurlement de rage lui fendit le crâne d’un coup d’épée.
Les quatre ont alors frappé sauvagement…
Toute cette folie meurtrière n’avait duré que quelques minutes, qu’Amaury avait vécues les yeux écarquillés comme dans un cauchemar, fixés sur son père dont il devinait le désespoir. Il n’avait pas encore pu bouger de sa place ; il tremblait de tous ses membres, enfant effrayé par la fureur des hommes. Dans le calme revenu, le murmure des prières des prêtres prosternés remplaçait le tumulte.
C’est alors que l’écuyer aperçut la mitre qui avait roulé au bas des marches, dans l’ultime bousculade qui avait précédé l’irrémédiable forfait, petite mitre ordinaire en soie rouge moirée, qu’il portait quotidiennement quand il entrait dans la cathédrale. Sans plus réfléchir, l’enfant la ramassa comme on cueille une fleur et s’enfuit par une porte latérale…
Je viens de découvir votre site et les extraits de votre romans.