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actualité littéraire des Cahiers du Cotentin. Publications de Michel Lebonnois et évènements
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Rien à Perdre - 2ème

Rien à Perdre - 2ème

Posté le 06.04.2007 par cahierscotentin
2-
Il s’était rendu tranquillement au poste de la gare, avait repéré le conducteur du train pour Rennes : “ Je t’accompagne jusqu’à Coutances.” “ Ah c’est toi ; le chef venait de me prévenir que j’avais un convoyeur, mais il ne savait pas encore qui c’était ; bienvenue à bord !”

Le voyage s’était passé sans encombre ; c’était un train de marchandises qui s’arrêtait peu ; un arrêt à Sottevast pour embarquer quelques bestiaux, un autre à Saint-Sauveur le Vicomte pour accrocher un wagon de paille ; La Haye du Puits, Lessay, Périers. Il était à Coutances à midi. Il avait mangé tranquillement à la cantine de la gare, puis avait pris la route en direction de Saint-Lô. Il aurait pu attendre le Rennes-Caen de dix-sept heures douze, mais un peu de marche lui ferait du bien ; ça ne faisait jamais que dix kilomètres. La campagne était belle ; la guerre ne se faisait pas trop sentir par ici ; parfois des convois allemands passaient sur la route Saint-Lô-Coutances mais la population n’était que peu dérangée. Lui savait, par les bruits qui circulaient parmi les résistants que ce calme n’était qu’apparence, et que la braise était active ; des groupes agissaient, dont il ne savait rien, si ce n’est leurs actions de sabotage : voies ferrées, lignes téléphoniques, circulation de clandestins. Cela provoquait régulièrement des réactions violentes de l’occupant contre les “terroristes” ; avait-il vraiment l’air d’un terroriste ?

Il faisait beau ; il avait marché une bonne heure et s’était assis au coin d’un champ. Il lui restait beaucoup de temps, et la nuit serait longue. L’herbe était épaisse et douce. Il y dormit trois bonnes heures.

Le soleil commençait à descendre au-dessus de Coutances. Il lui tourna le dos pour reprendre sa route Il se sentait en pleine forme. Il pensait à l’homme qu’il allait escorter. D’où rentrait-il ? Quelles informations indispensables aux alliés cachait-il dans ses poches ou dans sa tête ? Peut-être était-il venu organiser des attentats quelque part en zone occupée ? Etait-il un jeune comme son fils risquant sa vie à peine commencée, ou bien un vieux “rien à perdre” comme lui ?

Gare de Belval. Il s’est assis dans un coin du hangard à marchandises ; il n’y vient plus personne à cette heure-là ; d’où il est, il peut surveiller les allées-venues du personnel. C’est ainsi que vers huit heures, il a pu suivre le chef de gare quand il est venu déposer au pignon du bâtiment trois lanternes de voies, de celles qu’on peut mettre en rouge ou en blanc. Il sort de son sac un morceau de pain et diverses victuailles, une bouteille de cidre, et mange tranquillement ; rien ne presse. Drôle de journée où il ne fait que regarder le temps passer.



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