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cahierscotentin
Description du blog :
actualité littéraire des Cahiers du Cotentin. Publications de Michel Lebonnois et évènements
Catégorie :
Blog Livre
Date de création :
11.12.2006
Dernière mise à jour :
07.08.2008
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destins 4ème épisode

destins 4ème épisode

Posté le 26.07.2007 par cahierscotentin
j'ai failli vous oublier ! Un peu débordé par les petits-enfants...

Julien s’est levé à l’aube comme à son habitude. Il recherche sur sa peau, dans ses mains le souvenir de la caresse, de l’odeur de Sarah qui dort avec aux lèvres un sourire apaisé. Il descend rejoindre Jules et Albertine qui mangent un bol de soupe avant de partir à la traite :
- “ Alors mon garçon, bien dormi ?
- Merveilleusement ; ça faisait trois nuits que je n’avais pas fermé l’œil…
- Sûr qu’on est mieux dans un lit.
- Je viens traire avec vous.
- C’est pas de refus. Albertine, si t’as autre chose à faire, Julien va m’aider pour la traite.
- Merci mon garçon, du temps qu’il fait !
- Madame Albertine, auriez-vous quelques vêtements pour Sarah, des restes de votre fille ? Elle n’a que ce qu’elle portait hier soir, et ce n’est vraiment pas ce qui convient ici.
- Elle n’est guère plus grosse que n’était ma fille à quinze ans ; je vais lui trouver ce qu’il lui faut !
- Merci.
- Mange donc ta soupe, Jules t’attend.

Quand il rentre de la traite, Sarah est là, vêtue d’une jupe de drap et d’un pull de grosse laine, radieuse. Ils s‘attardent un instant à l’écart :
- “ Dommage que ce ne soit que pour quelques jours, on est bien ici !
- Oui, vivement ce soir…
- Ah, ce soir, tu resteras sage…
- Qu’est-ce qu’il y a ? Tu ne veux déjà plus de moi ?
- Tu sais quand même que c’est en faisant l’amour qu’on fait les bébés…
- Ben oui, quand même.
- Eh bien hier soir, c’était encore sans risques, mais maintenant, il faudra un peu de patience.
- T’es sorcière ou quoi ?
- Non idiot, mais mon père est médecin, il m’a tout bien expliqué, et je sais quand je suis fertile ou pas. Quand nous déciderons d’avoir un enfant, je te le dirai ; mais je ne crois pas que ce soit le moment.
- Pas vraiment, non, je suis bien d’accord, surtout qu’on n’est pas vraiment mariés…
- Tu es froussard, ou tu es puritain ?
- Sans doute un peu les deux.

Ils se sont embrassés en riant. Ce rire heureux a duré une semaine, et puis un homme est venu les chercher un mardi soir à la nuit tombante, pour les emmener à Helleville où il les installe dans la sacristie :
– “ Ici c’est chez moi ; je suis le sacristain. Demain, c’est un autre qui vous emmène ”
– Qui donc ?
– Je n’en sais rien ; mon travail était juste de vous amener là. Bonne nuit et adieu.

Avec l’angoisse ajoutée au froid de la nuit, ils ont eu bien du mal à dormir malgré les couvertures du bedeau. Ils se sont assoupis à l’aube, peu de temps avant que Victor accompagné d’un autre gendarme en uniforme les réveille ; pendant que son collègue les attend à l’extérieur, Victor leur explique qu’il ne veut pas que ses beaux-parents sachent le rôle qu’il joue, mais que c’est le meilleur moyen pour passer inaperçus que d’être en compagnie des autorités. Julien n’est qu’à moitié rassuré par la tournure de mystère que prend ici leur aventure, Sarah tremble comme une feuille.

Ils ont pris dans le bourg d’Helleville le car de 7 heures pour Beaumont, en passant par Biville et Vauville ; Sarah est le nez collé à la vitre pour ne rien perdre du paysage que ses yeux de petite parisienne n’avaient pas même imaginé. Dans la descente du Thot, elle s’accroche au bras de Julien :
- “ Regarde, la mer ! Que c’est beau ! ”

Au-delà des dunes, le passage de la Déroute est couvert de moutons blancs. Julien non plus ne connaît pas la mer ; il est allé une fois en pèlerinage paroissial au Mont Saint Michel et c’est tout.
– “C’est aussi la première fois que je vois ça ; oui vraiment, qu’est-ce que c’est beau ! ”
– C’est par où l’Angleterre ?
– Par là vers le nord.
– Mais comment allons-nous traverser ?
– Victor nous le dira sans doute.

Ils sont descendus à Beaumont ; le temps que le car aille jusqu’à Auderville et revienne, ils ont le temps de prendre un verre ; ensuite le collègue repartira et Victor s’occupera de remettre Julien aux autorités de TODT, à Jobourg, après quoi il passera voir sa sœur qui habite Beaumont pour lui confier Sarah. Il reviendra demain par le car. C’est la version officielle pour le collègue qui ne pose pas plus de questions. Dès qu’il est parti, Victor leur explique qu’ils vont devoir faire un bout de chemin à pied, six kilomètres, mais qu’il doit d’abord passer une tenue civile et pour ça, il faut qu’il aille vraiment chez sa soeur qui habite à la sortie du bourg ; ici, un gendarme attirerait trop l’attention. Il va lui raconter une histoire, qu’il vient faire visiter la région au fils d’un ami et sa femme, et qu’il veut les emmener dans les rochers d’Herquemoulin. Pour ça, ce serait bien qu’elle prête à la petite dame un pantalon de son fils et des bottes.
- “ Pour me changer, j’ai toujours des vêtements chez elle, ça m’évite de trimballer un bagage. Si je venais en civil, je devrais payer le car ! Elle va me croire sans hésiter, et en plus elle va nous payer la collation !
- Vous venez souvent par ici ?
- Vers Vauville, oui ; mais c’est la première fois depuis plus de dix ans que je vais retourner jusqu’à Jobourg… Mon père habite là !
- Il s’est passé quelque chose entre vous ?
- A chacun sa vie, tu veux bien ?
- Excusez-moi.

Tout s’est passé comme prévu. Entre Victor redevenu un pêcheur de la Hague et son paysan de Julien, Sarah à l’air d’un adolescent dans son pantalon de grosse toile un peu large pour elle, rentré dans des bottes dans lesquelles ses pieds flottent malgré le rembourrage de vieux journaux ; elle a gardé le gros pull bien chaud d’Albertine, et a caché ses cheveux dans un bonnet de laine rouge comme en portent les marins. En partant, elle rit encore de son image dans la glace de la grande armoire, dans la chambre de cette brave femme tout en sourires et en gentillesses, admirative devant son frère. Ils ont marché deux heures en empruntant dans la lande des chemins abrités par des murets de pierre, prenant l’attitude courbée de Victor qui régulièrement leur fait signe d’arrêter, part un peu en avant, revient leur faire signe d’avancer. Ils aperçoivent de temps en temps la mer au loin comme au fond d’un ravin :
- “ Nous sommes donc très haut ici ? demande Julien
- A plus de 150 mètres au-dessus de la mer ; là où je vous mène, la falaise fait pas loin de 100 mètres, 300 pieds comme on dit ici.
- Mais comment allons-nous descendre ? Il faut bien rejoindre un bateau ?
- Ne vous inquiétez pas, celui qui vous y mènera connaît tout ça les yeux fermés !
- Vous croyez qu’il y a des allemands ?
- Pourquoi penses-tu que je prends tant de précautions ?

A ce moment, ils entendent un bruit de moteur vers le nord ; une sirène se met à hurler, et des tirs de mitrailleuses claquent dans le silence de la campagne ; un avion aux couleurs anglaises passe presque au-dessus d’eux, et disparaît vers la mer.
- “ Un vol de reconnaisance. Ils viennent faire des photos.
- Les tirs étaient plutôt proches ?
- Nous sommes à moins d’un kilomètre de Jobourg ; le camp allemand est là. Nous allons maintenant couper vers la mer.



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