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cahierscotentin
Description du blog :
actualité littéraire des Cahiers du Cotentin. Publications de Michel Lebonnois et évènements
Catégorie :
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11.12.2006
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Rien à Perdre 1

Rien à Perdre 1

Posté le 30.03.2007 par cahierscotentin
RIEN A PERDRE

Il était entré en résistance comme on entre en religion : par conviction, par dévotion profonde à son pays envahi, par admiration pour le chef qui s’était dressé en Angleterre, par amour pour son fils avalé par la déroute de Dunkerque.

Il était seul. Sa femme était morte depuis longtemps, bien avant la guerre, lui laisant ce petit garçon qu’il avait élevé de son mieux. Un bon petiot, vif, intelligent, qui apprenait bien à l’école, et dont le statut d’orphelin avait permis qu’il entre à l’Ecole du Rail ; il y terminait ses études d’ingénieur quand la guerre avait éclaté. Il avait disparu dans la tourmente.

Il n’avait aujourd’hui rien à perdre. Cheminot depuis trente cinq ans, il arrivait à l’âge d’une retraite qui lui faisait peur. Il ne connaissait que le monde du chemin de fer, tous ses copains travaillaient là. Quand il n’y aurait plus ça, il serait définitivement seul…Alors quand un gars du rail était venu recruter pour mener des actions contre l’occupant, il n’avait pas hésité. Les autres l’avaient surnommé “Rien à perdre”, de l’expression qu’il répétait avant chaque départ en mission, acceptant de prendre les risques les plus dangereux : “ laisse donc l’ami, toi tu as des enfants qui t’attendent ; moi, le mien, c’est peut-être là-haut qu’il m’attend ! Alors j’y vais ; rien à perdre ! ”

Il avait ainsi participé à nombre de sabotages ; il connaissait les voies par cœur, et il savait faire passer les messages aux copains conducteurs pour qu’ils n’y laissent pas leur peau.

Ce matin-là, le chef de groupe était arrivé porteur d’un message particulier. Londres demandait que ce groupe fournisse un homme, seul, pour récupérer un agent dans une gare de la région et l’accompagner jusqu’à un point qu’il indiquerait où un avion viendrait le chercher. Un seul homme, pour couvrir les arrières et effacer toutes traces. Il devait emmener avec lui trois lanternes pour les signaux à l’avion.

Il n’avait pas hésité un instant : “ Rien à perdre ! C’est une mission pour moi ! Et si je ne reviens pas, c’est peut-être que j’aurai pris l’avion aussi ! A moins que je n’ai pris un autre envol…” Le rire qui avait éclôt dans le groupe s’était réduit à un sourire sur cette fin de phrase. Le chef de groupe avait repris : “ Ne joue pas avec ça, nous on a encore besoin de toi ici ”. Après quoi il l’avait pris à part pour lui donner les détails de l’opération qui devaient rester secrets ; nul ne devait savoir ni le point de rendez-vous : la gare de Belval ; ni le mot de passe : “ Il te dira : J’aime les papillons de nuit. Tu lui répondras : Savez-vous d’où ils s’envolent ? Il te dira le point d’atterrissage et tu l’y conduiras.” “ C’est sans problème ; et c’est pour quand ?” “Tu dois être à Belval à minuit ce soir. Tu vas convoyer un train de marchandises jusqu’à Coutances ; après tu te débrouilles pour rejoindre Belval.” “ Et les lanternes ?” “ Tu les trouveras à Belval, au pignon de la gare.” “A quelle heure est mon train ?” “ Tu prends le neuf heures huit pour Rennes ; arrêt à Coutances. Bonne chance.”




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:: Les commentaires des internautes

rien à perdre
Posté par chancel le 31.03.2007
j'essuie quelques larmes... cette histoire s'imprime dans ma mémoire vive, actuellement je termine les corrections du roman que je remets mercredi à mon éditeur. Le passage en relecture est le vécu du père de l'héroïne Martine, le maquis, la perte d'un poumon...
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un peu de temps ce matin
Posté par cedric le 04.04.2007
Je prends un peu de temps ce matin, bonne idée: bonne lecture, bon début (peut-être les 3 fois Belval à la fin pourraient être évitées)
bisous et bravo


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