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cahierscotentin
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actualité littéraire des Cahiers du Cotentin. Publications de Michel Lebonnois et évènements
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La Vierge des Morts - 4ème

La Vierge des Morts - 4ème

Posté le 24.02.2007 par cahierscotentin
4 - Après quelques minutes d’hésitation, ils attaquèrent de nouveau ; tout le monde criait, et ce vacarme avait comme il le fallait alerté la troupe qui arrivait au pas de charge. Il avait aussi alerté Jean le bûcheron qui courait de son côté, écrasant les buissons et brisant les arbres. Il entra dans la lice en même temps que les renforts. L’irruption de ce géant, large et haut comme un chêne, provoqua un moment de flottement qu’il mit à profit pour saisir deux hommes d’armes dans ses poings énormes, qu’il souleva au dessus de sa tête ; ce mouvement découvrit ses flancs où deux soldats plantèrent jusqu’à la garde leur lourde épée ; le combat continuait, inégal, entre les petits êtres se battant à mains nues et les soldats bien armés ; Jean tomba sur les genoux ; même ainsi, il était encore aussi grand que les hommes ; il battait l’air de ses poings fermés en perdant son sang à gros bouillons par les larges blessures ouvertes dans ses côtés ; le seigneur s’approcha de lui sur son cheval et lui asséna un grand coup d’épée qui lui fendit le crâne. Il s’écroula sur la mousse du bois, son corps énorme faisant comme un rocher, de derrière lequel surgit en hurlant une femme hirsute, vêtue de haillons qui s’accrocha au bras du mort en vociférant :
- « Ce ne sont que des enfants ! Jean réveille-toi, regarde ce qu’ils font aux enfants ! »
Puis se retournant vers les soldats sidérés, et levant le poing :
- « SOYEZ MAUDITS ! CE N’ETAIENT QUE DES ENFANTS ! »

Puis elle s’effondra sur le corps de son homme.

Le seigneur n’avait pas été long à se ressaisir :
- « La sorcière, c’est la sorcière ! Emparez-vous d’elle et ne la tuez pas ! Elle doit être jugée et brûlée en place publique ! »
Un moine avait ramassé un petit être mort à ses pieds et s’était approché de l’Abbé :
- « Mon Père, regardez, c’est bien un enfant, une fillette même ! »
L’Abbé eut l’air troublé un instant puis se ravisa :
- « Ce n’est que sorcellerie ! C’est elle qui a donné cette apparence humaine à ces êtres démoniaques pour nous abuser ! Dès qu’elle mourra sur le bûcher, ils disparaîtront comme brume sous le soleil et la forêt retrouvera ses chants d’oiseaux. »

Le moine s’inclina, mais alors que déjà la troupe reprenait le chemin du village et de l’abbaye, il décida de garder sur son épaule ce petit corps martyr ; à un autre qui s’en étonnait, il répondit que c’était pour le voir partir en fumée quand la sorcière mourrait dans les flammes.

Le procès qui eut lieu le lendemain matin ne fut pas un modèle d’équité; la cause fut d’autant plus vite entendue qu’à chaque question posée, la femme ne répondait que par des vociférations et des malédictions au milieu desquelles revenait en leit-motiv : « Ce n’étaient que des enfants ! Dis leur, Jean, que ce n’étaient que des enfants ! ».

Le bûcher était prêt sur la place du village : elle y fut attachée à l’heure des vêpres, et il fut allumé à la tombée la nuit pour que toute la contrée en voyant la lueur sache que l’affaire était close.



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