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cahierscotentin
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actualité littéraire des Cahiers du Cotentin. Publications de Michel Lebonnois et évènements
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11.12.2006
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2ème épisode

2ème épisode

Posté le 10.02.2007 par cahierscotentin
2 - Au hasard du chemin et des rencontres, la troupe avait grossi, et c’est une cinquantaine de gamins, surtout des garçons et quelques filles, qui sortirent du bois dans la clairière de Jean le bûcheron. Ce géant venu d’on ne sait où, poussé là par les guerres et la misère, aurait pu nourrir l’imaginaire d’histoires d’ogres pour effrayer les enfants. Mais il était aussi bon que puissant. Il vivait là, loin de tout et de tous avec sa femme Mélie toute petite à côté de lui. Il s’était construit avec quelques troncs d’arbres et des branchages une masure où ils partageaient leur misère, sans toutefois manquer de quoi manger, car la forêt était généreuse en gibier.

La frayeur réciproque passée, adultes et enfants firent connaissance. Jean et Mélie qui se languissaient d’être seuls prirent cette troupe comme un cadeau du ciel. La vie s’installa dans cette clairière au plus profond de la forêt.

Le temps passant, Jean s’étonnait parfois de voir des vêtements nouveaux sur le dos des enfants, ou qu’ils puissent incidemment offrir un bijou à la pauvre Mélie.

A quelques lieues de là, sur la route de Saint-Michel, une riche abbaye élevait son abbatiale au centre d’un gros bourg suffisamment éloigné de la côte pour être épargné par les guerres. Un matin, alors que le soleil venait tout juste de se lever, le frère portier ouvrit à un homme quasi nu, saignant abondamment de plusieurs points du corps, couvert d’ecchymoses et de morsures. Il était dans un tel état de choc qu’il ne pouvait expliquer ce qui lui était arrivé, et ceux qui l’avaient vu traverser le village ainsi à l’aube et dans un tel état répandirent le bruit qu’il avait été victime d’un loup-garou.

Quelques semaines plus tard, on retrouva près de la Fontaine Saint-Michel, de l’autre côté de la forêt, deux voyageurs dans le même état de dénuement et, portant eux aussi de graves blessures et morsures. La peur s’installa dans le pays. A l’abbaye, le Père Abbé célébra chaque jour une messe pour obtenir la protection du ciel, à laquelle assistaient toutes les femmes et aussi beaucoup plus d’hommes qu’à l’accoutumée.

Plus personne n’osait s’aventurer dans cette partie de la forêt, et la rumeur de la présence d’un loup-garou s’était répandue dans tous les villages alentour. On connut de nouveau quelques semaines sans incident.

Un seigneur qui avait son château dans le bocage, de l’autre côté des champs de bataille, avait fait serment de se rendre au Mont Saint-Michel si lui-même et sa famille sortaient saufs de ces temps troublés. Il fut exaucé. Plusieurs mois avaient passé depuis la fin de ces terribles guerres, et le moment été venu de tenir son serment. Il était parti un bon matin, escorté par une petite troupe.

D’abbayes en prieurés, il était arrivé à la lisière de notre forêt ; les exhortations de l’Abbé et des moines ne changèrent rien à sa détermination ; il devait traverser la forêt pour atteindre dans la journée l’étape suivante. Il partirait aux toutes premières lueurs de l’aube, ainsi atteindrait-il la partie dangereuse au lever du soleil et n’aurait alors plus à craindre ce loup-garou dont la menace au demeurant le faisait sourire ; pendant dix ans à la tête de ses soldats il avait affronté de bien plus grands dangers et l’accomplissement de son vœu démontrait qu’il bénéficiait d’une protection divine ; aucune créature du diable n’oserait s’en prendre à lui.



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